
STRASBOURG
Les songes de
Gopal Dagnogo
Nourri de ses racines africaines, mais aussi d'une peinture occidentale dont l'intérêt ne lui a pas échappé, Gopal Dagnogo, 36 ans, originaire de Côte d'Ivoire, signe des tableaux d'une brutalité métissée qu'il présente à la Galerie No Smoking.
S'y déploie un tumulte de couleurs, de recouvrements, de coulures, d'éclats. Lui préfère parler de silence. « On associe souvent l'Afrique au son, à la parole. Je crois au contraire que c'est un continent où il faut tendre l'oreille, où le silence recouvre tout » , observe-t-il.
Un silence traversé par tout un peuple de divinités sculpturales, d'animaux les plus divers, de traces et d'éléments humains - une jambe, un pied, une main, un corps, mais aussi une chaussure ou une bouteille, sans oublier des ponctuations graphiques sous formes de définitions de dictionnaire ou de chiffres qu'il définit comme « cabalistiques ».
Autant de codes que relie entre eux cette énergie de l'acrylique, parfois colorée, parfois laiteuse, mais toujours ancrée dans la notion d'une mémoire qui affleure. « Faire resurgir le refoulé », confie ce lointain petit cousin d'un Basquiat métissant racines culturelles africaines et peinture occidentale.
Un cursus d'autodidacte. Ou presque. « J'ai baigné dans l'art. Ma mère était prof aux Beaux-arts d'Abidjan, mes deux frères aînés étaient artistes. Je les aidais dans leurs travaux, ce qui a très vite contribué à me former techniquement », dit-il. Et de raconter comment un temps il gagnait sa vie en réalisant des copies de tableaux anciens avant d'aller explorer d'autres territoires. Ceux, des songes et des silences, que son pinceau chaman révèle sur la toile. Plus réels que les rêves, plus assourdissants que les silences.
S.H.
| Jusqu'au 30 avril, chez No Smoking, 19 rue Thiergarten. Du mercredi au samedi, de 14 h à 19 h. |
La peinture d'un passeur pour restituer la mémoire

Exposition ouverte du
26 mars au 30 avril 2010
du mercredi au samedi de 14 à 19h
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Gopal Dagnogo, peintre franco-ivoirien, exposera à la galerie à partir de fin mars 2010
“ Je me suis mis à peindre pour gagner de l’argent en faisant des copies”. Gopal Dagnogo, étudiait à l’époque le japonais dans une faculté bordelaise dans la foulée d’un cursus en arts plastiques et en philosophie. Une façon de joindre l’utile à l’agréable. Mais son parcours artistique, jalonné de nombreux voyages en Afrique, l’a éloigné de ses rêves de l’époque. Ses expositions au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en France lui ont fait connaître le milieu artistique. Un monde sans connexion avec ses aspirations profondes et ses désirs d’échange. Face au business et à l’élititisme, Gopal déçu par le règne de l’individualisme s’est vite retranché dans son appartement parisien du 19è arrondissement. Depuis quelques années , c’est ici qu’il peint “au jour le jour “ sans esprit conquérant. Peu importe les codes du milieu de l’art contemporain africain. Il se plaît à se rendre là où personne ne l’attend. Plus convaincu par les initiatives qui assurent “ une promotion de l’art plus abordable et ouverte ”, le peintre franco-ivoirien préfère les coups de coeur aux bons coups commerciaux. Et tant pis pour la gloire.
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Ce qui ressort au premier abord dans mon travail, ce sont les couleurs et le graphisme : un crayon précis, des couleurs qui attirent.
Je crée une mythologie contemporaine avec ses animaux à tête humanoïde, ses silhouettes sombres, ses mots énigmatiques pour dire la nécessité de la recherche et de la souffrance intérieures.
Mon oeuvre est un message, avec laquelle je déplore les errances de mes concitoyens - je suis métis - aveuglés par un pseudo Eldorado, en marche vers une terre promise de pacotille, menés en bateaux pour des terres d’écueils et qui achèvent leur rêves de bimbeloterie, aux grilles des enclaves espagnoles de l’Afrique du nord, ou dans les squats-taudis des faubourgs dans grandes villes.
Peinture expressionniste et baroque, peinture maniérée et énigmatique de la tragédie humaine. La peinture d'un passeur pour restituer la mémoire. |
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